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Répondez de tête, puis ouvrez. Les données confiées à une IA
1Une offre d'équipe et un compte personnel du même assistant traitent-ils vos données de la même façon ?
Non. Les offres d'équipe s'engagent par contrat à ne pas entraîner leurs modèles sur vos échanges ; la plupart des comptes personnels le font par défaut, sauf si l'utilisateur le refuse.
2Une donnée ne doit jamais sortir de l'entreprise. Que faire si l'on veut quand même l'aide d'une IA ?
La retirer du texte avant l'envoi, en la remplaçant par un repère ; ou se servir d'un modèle open weight installé sur un serveur de l'entreprise.
- Dans une TPE ou PME française sur trois, l'IA est utilisée à l'initiative des salariés, sans cadre : c'est le cas le plus fréquent parmi celles qui s'en servent.
- Faute d'outil fourni, chacun prend le sien : 42 % des actifs qui se servent de l'IA au travail passent surtout par un compte personnel.
- Un compte personnel suit les règles grand public : sur plusieurs assistants, les échanges y entraînent les modèles par défaut, et ce que le salarié y construit part avec lui.
- Interdire ne suffit pas : l'usage baisse sans disparaître, et il se cache davantage.
- Le remède tient en quelques gestes : demander sans sanctionner, fournir un outil d'équipe réglé, écrire une règle courte, former par la tâche.
Problème
Un lundi, en relisant une proposition commerciale, le dirigeant d'une PME de vingt personnes remarque des tournures qui ne ressemblent pas à sa commerciale. Elle le dit sans détour : depuis six mois, elle prépare ses propositions avec ChatGPT, sur son compte personnel gratuit, en y collant le nom du client, ses volumes et ses prix. Personne ne le lui a interdit ; personne ne le lui a proposé.
L'entreprise n'a acheté aucun outil d'IA, et l'IA y est déjà. La scène est fabriquée pour l'exemple ; les chiffres qui suivent sont mesurés.
Principe
L'outil est là avant la décision. L'IA générative est gratuite ou presque, à portée de navigateur, et elle rend service tout de suite. En France, 64 % des usagers de l'IA disent avoir décidé eux-mêmes de s'en servir ; l'employeur l'a imposée dans 17 % des cas. En 2025, une personne en emploi sur quatre s'en est servie pour son travail au cours des trois derniers mois (24,6 %, contre 21,8 % dans l'Union européenne).
L'entreprise suit rarement. Parmi les TPE et PME qui utilisent l'IA, 15 % ont adopté des règles internes ; 14 % des actifs disent que leur entreprise a une politique d'usage. Faute d'outil fourni, chacun apporte le sien : dans l'enquête mondiale de Microsoft et LinkedIn en 2024, 78 % des utilisateurs apportent leurs propres outils au travail, 80 % dans les petites et moyennes entreprises.
Et l'usage se tait. Dans une étude menée dans 47 pays, 56 % des salariés disent s'être servis de l'IA sans savoir si c'était permis, et 57 % cachent leur usage en présentant le travail de l'IA comme le leur. 52 % des utilisateurs hésitent à avouer qu'ils s'en servent pour leurs tâches les plus importantes.
Fonctionnement
Les TPE et PME françaises et l'IA, en avril 2026
- N'utilisent pas l'IA42 %
- L'utilisent à l'initiative des salariés, sans cadre34 %
- L'encadrent sur certaines tâches17 %
- L'ont structurée dans l'entreprise7 %
Pourquoi les chiffres officiels disent moins. L'Insee interroge les entreprises sur leur usage organisé de l'IA ; ses réponses n'incluent pas, en principe, l'usage ponctuel que les salariés en font à titre individuel. L'usage caché échappe ainsi aux statistiques des entreprises : il se lit dans les enquêtes auprès des salariés, qui ne posent pas toutes la même question.
Aucune ne mesure à elle seule « l'usage caché » : un compte personnel peut être connu du supérieur, un outil grand public peut être autorisé. Ensemble, elles disent la même chose : une grande part de l'usage passe par des outils que l'entreprise n'a ni choisis ni réglés. Toutes reposent sur des déclarations, et l'usage caché y est probablement sous-déclaré.
Exemple détaillé
Samsung, 2023. Quelques semaines après avoir autorisé ChatGPT dans sa division des semi-conducteurs, des ingénieurs y ont versé, à trois reprises au moins selon la presse coréenne, du code source à corriger et l'enregistrement d'une réunion pour en tirer un compte rendu. Le 1er mai 2023, Samsung a restreint l'IA générative sur les appareils de l'entreprise, le temps de mettre en place un environnement où s'en servir en sécurité ; le groupe relevait qu'il est difficile de récupérer et d'effacer des données envoyées sur des serveurs extérieurs, et, selon Bloomberg, préparait ses propres outils.
Ce que le cas montre : la fuite est venue d'un usage autorisé, dans un outil grand public dont les échanges servaient par défaut à l'entraînement ; l'interdiction après coup était temporaire, et la sortie passait par un outil fourni par l'entreprise. Dans une PME, l'ordre peut être inversé : l'outil et la règle d'abord.
Des abonnements personnels à un contrat d'entreprise
Au départ, des abonnements personnels dispersés, et un agrégateur de modèles payé par le cabinet mais inutilisé. Une étude de coûts, puis un contrat d'entreprise pour les trente personnes du cabinet : les échanges passent sous les règles de l'offre d'équipe, et l'équipe reçoit des assistants métier qu'on appelle en français.
Risques
| Ce qui se passe | Le risque | Où agir |
|---|---|---|
| Des textes de l'entreprise dans un compte personnel | Les règles grand public s'appliquent : sur ChatGPT, Mistral et Perplexity, les échanges des comptes personnels entraînent les modèles par défaut, sauf refus | Les réglages, outil par outil |
| Des données de clients ou de salariés | Des données personnelles partent chez un éditeur sans contrat avec l'entreprise | Le RGPD et l'IA |
| Une réponse reprise sans relecture | Une erreur du modèle passe dans le travail livré, et personne ne sait d'où elle vient | Les erreurs des modèles |
| Un assistant construit dans un compte personnel | Ses conversations, ses consignes et ses documents partent avec le salarié | Les abonnements d'équipe |
| Des abonnements payés un par un | Une dépense que personne ne voit en entier, et des outils que personne n'a réglés | Les abonnements d'équipe |
Mise en place
- Demander, sans sanction. Un questionnaire anonyme de cinq minutes : quels outils, pour quelles tâches, avec quelles données. Ce qui se dit se corrige ; ce qui se cache, non.
- Ne pas interdire en bloc. Au Danemark, l'interdiction par l'employeur ramène l'usage au tiers de son niveau, pas à zéro. Là où l'IA est interdite, 67 % des utilisateurs disent y avoir versé des informations de l'entreprise, contre 33 % là où rien n'est dit : une corrélation, pas une preuve de cause, mais un signal. Dans sept pays de l'OCDE, 2 % des PME interdisent l'IA générative.
- Fournir l'outil. Une offre d'équipe, avec les comptes de l'entreprise (les abonnements d'équipe), réglée avant d'être ouverte (les réglages de confidentialité).
- Écrire la règle. Une page : ce qui peut aller dans l'outil, ce qui n'y va que sans noms ni montants, ce qui n'y va jamais (la charte d'usage).
- Former par la tâche. 52 % des usagers professionnels disent que leur employeur les encourage ; 15 % disent être aussi formés (former une équipe).
- Revenir trois mois après. Refaire le questionnaire ; fermer, pour le travail, les comptes personnels qui servent encore.
Exercice
Dans quel ordre agir ?
Une PME de vingt-cinq personnes. Onze se servent d'un assistant, dont huit avec un compte personnel gratuit. Trois y collent des devis, noms des clients compris. Un technicien a construit, dans son compte, un assistant qui rédige ses rapports d'intervention ; deux collègues le lui empruntent.
Ouvrir la correction
Tout de suitePour les trois qui collent des devis : désactiver l'entraînement sur leurs comptes et supprimer les conversations concernées.
Cette semaineOuvrir l'offre d'équipe, avec les comptes de l'entreprise et les réglages faits ; recréer l'assistant du technicien dans l'offre d'équipe, pour qu'il appartienne à l'entreprise, et le partager.
Ce mois-ciÉcrire la règle d'une page ; former l'équipe sur ses propres tâches, en partant de ce que les onze font déjà.
Personne n'est sanctionnéCeux qui ont répondu ont rendu service : sans eux, rien de tout cela ne se voyait.
Vérification
1ComprendreVotre entreprise n'a acheté aucun outil d'IA. L'IA y est-elle absente ?
Probablement pas : dans une TPE ou PME sur trois, l'IA est utilisée à l'initiative des salariés, sans cadre, souvent avec leurs comptes personnels.
2ComprendreInterdire l'IA fait-il disparaître l'usage caché ?
Non. L'usage baisse sans s'arrêter, et il se cache davantage ; un outil d'équipe réglé et une règle claire le font sortir de l'ombre.
3AppliquerUn salarié prépare ses propositions avec son compte personnel, noms des clients compris. Que faire d'abord ?
Désactiver l'entraînement sur ce compte et supprimer les conversations concernées ; puis lui donner l'offre d'équipe et la règle, sans sanction, pour que les autres usages se disent aussi.
Lectures suivantes
Rien avant : c'est un point de départ.
Usage caché de l'IA dans l'équipe
Équipement d'une équipe · étape 3 sur 8
Les pages qui renvoient ici
Limites et sources
Toutes les enquêtes citées reposent sur des déclarations : l'usage caché y est probablement sous-déclaré, ce que dit le rapport de KPMG et de l'université de Melbourne.
Plusieurs enquêtes sont commandées par des entreprises qui vendent de l'IA, du logiciel ou du conseil (Microsoft, Google, KPMG, Talan, Okta) : chacune est nommée avec son commanditaire. Les bases diffèrent : ne comparez pas leurs pourcentages entre eux.
Le cas Samsung vient de la presse ; la restriction de 2023 a été confirmée par un porte-parole de Samsung.
Aucune mesure publique ne porte sur l'usage caché dans les seules PME françaises, côté salariés.
- Bpifrance Le Lab et Rexecode, baromètre des TPE et PME, avril 2026 ; Ipsos pour Google, novembre 2025 ; Credoc, baromètre du numérique 2026 ; Eurostat, usage de l’IA générative, 2025 ; Insee, TIC dans les entreprises.
- KPMG et université de Melbourne, étude dans 47 pays, 2025 ; Microsoft et LinkedIn, Work Trend Index 2024 ; Humlum et Vestergaard, document de travail, 2025 ; OCDE, l’IA générative et les PME.
- Microsoft France, février 2026 ; KPMG France, observatoire de l’IA responsable 2026 ; Ifop pour Talan, 2025 ; Okta, 2026 ; TechCrunch et Engadget sur Samsung.
- Le relevé complet :
apprendre/recherches/2026-10-08-premiers-projets.json.
Écrit par Meridal, avec l'aide de l'IA ; chaque fait vérifié à sa source et relu avant publication. Texte et schémas sous licence CC BY 4.0 : reprenez-les en citant Meridal. Le code sous licence MIT.
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